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REDON - Les chroniques redonnaises

Publié le 15/07/2026
La légende des demoiselles de Cojoux
À proximité de Redon, le site mégalithique de Saint-Just, l’un des plus importants d’Europe pour sa concentration de monuments néolithiques, est également lié à des récits légendaires. Ces mégalithes datant de plusieurs millénaires, comme tout bon mégalithe, sont souvent associés à des histoires de géants, de fées ou de rituels anciens dans la tradition bretonne.
L'un de ceux qui nous parviennent le plus souvent a même donné son nom aux alignements qui l'ont inspiré, c'est celui des demoiselles de Cojoux.
D'après la légende, les Demoiselles de Cojoux sont des jeunes filles pétrifiées par Dieu parce qu'elles préféraient danser sur les landes un dimanche plutôt que d'aller à la messe. On retrouve cette même légende à quelques kilomètres de Saint-Just, aux alignements des Demoiselles de Langon et, à vrai dire, un peu partout.
Le père Bernard Corbes, guide du site de Cojoux pendant de nombreuses années, compléta cette légende à sa manière. Il fit remarquer un jour aux visiteurs que les deux pierres couchées devant les deux pierres dressées étaient une jeune fille-mère et l'enfant dont elle venait d'accoucher en cachette ! Qu'importe la raison existentielle de ses pierres et les interprétations qu'on en fait, après 6 millénaires, elles sont toujours là et cultivent toujours autant l'attention. Si l'on ne sait quelles furent leurs fonctions originelles et l'interprétation ou l'utilisation faites par leurs contemporains des siècles à suivre, on sait qu'aux siècles derniers, elles ont servi à l'évangélisation de la Bretagne.
Place maintenant à la légende…
Sur les landes de Cojoux, là où le vent murmure des secrets vieux comme le monde, s’élèvent des pierres altières, dressées comme des sentinelles sous le ciel de Saint-Just. On les appelle les Demoiselles de Cojoux, et leur histoire, tissée de rires et de châtiments, résonne encore dans les bruyères.
Il y a bien longtemps, à l’heure où le soleil caressait les crêtes de quartz et de poudingue, trois jeunes filles du bourg de Saint-Just, nommées Aëlle, Maïwenn et Gwenola, vivaient insouciantes au rythme des saisons. Leur cœur battait pour les danses et les chansons, et leurs rires faisaient danser les ajoncs dorés des landes. Un dimanche, alors que les cloches de l’église sonnaient les vêpres, elles décidèrent de fuir les bancs austères pour s’élancer sur la Grée de Cojoux, là où les mégalithes veillaient en silence.
Sous un ciel d’azur, elles tournoyaient, leurs jupes virevoltant comme des pétales dans le vent. Aëlle chantait une vieille complainte, Maïwenn frappait des mains, et Gwenola, la plus jeune, riait en imaginant les étoiles danser avec elles. Mais leur joie défiait l’ordre sacré du jour. Les anciens du village, gardiens des traditions, disaient que les landes étaient un lieu saint, où les pierres dressées par des mains oubliées portaient les prières des ancêtres jusqu’aux cieux.
Soudain, un nuage voila le soleil, et une ombre froide s’abattit sur la lande. Une voix grave, venue des profondeurs de la terre, tonna : « Vous qui dansez au lieu de prier, vous qui riez quand l’heure est au recueillement, vous serez liées à ces lieux pour l’éternité ! » Les trois jeunes filles, saisies d’effroi, sentirent leurs pieds s’enraciner dans le sol. Leurs rires se muèrent en silence, leurs corps en pierre. Aëlle et Maïwenn restèrent droites, figées dans leur élan, tandis que Gwenola, épuisée par la danse, s’effondra, son corps de pierre allongé sur la lande, un petit bloc à ses côtés, comme l’écho d’un rêve inachevé.
Depuis ce jour, les Demoiselles de Cojoux veillent sur la Grée de Cojoux. Deux menhirs de quartz et de poudingue, hauts de trois mètres, dressent leur silhouette fière, tandis qu’un troisième bloc, couché, repose auprès d’une pierre plus petite, comme une mère et son enfant. Les gens du pays racontent que, les nuits de pleine lune, on peut entendre le vent porter les échos de leurs rires, et que les ajoncs frémissent au souvenir de leurs danses.
Ainsi, voyageur, si tu foules les landes de Saint-Just, prends garde à l’heure des vêpres. Respecte les pierres silencieuses, car les Demoiselles de Cojoux, figées mais jamais oubliées, murmurent encore leur histoire à ceux qui savent écouter.

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